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    11/26/2007

    Vertiges

     
    JAMAIS AVANT LE COUCHER DU SOLEIL
     
    Un titre qui résonne, à cette heure, jusqu'aux tréfonds de mes entrailles.
    Hier, j'achetais ce premier roman de Johanna Sinisalo portée par une curiosité amusée et une impression de déjà vu.
    Combien de fois étais-je entrée dans une librairie, avais pris un exemplaire de cet ouvrage et l'avais reposé sur l'étal dans un geste furtif et raisonné ? Combien de fois le bon sens avait-il eu raison de cette frugale envie de découverte, de cette impulsion quasi manique et dépendante d'acheter un livre - de surcroît issu de la prolifique et folle plume scandinave ?
     
         
    Qui d'autre que lui aurait pu... (même si... tant pis, radioblog n'est pas un puits de connaissance sans fond)... ?
     
     
    Hier, fatalement attirée, dans un premier temps par la couverture du dit ouvrage, illustrée par une oeuvre de Yoshitomo Nara (dont je suis secrètement fan) intitulée Sleepless Night (Sitting) - 1997, je fondais. Mes yeux avides se ruèrent sur le quatrième de couverture où je (re?)découvrais, l'oeil frétillant, le sujet de la chose.
     
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    Actes Sud, je vous aime... Oh, Babel, tour éternellement mystérieuse faisant vibrer ma vie...
     
    Ahhhhh, folklore scandinave, monstres des forêts, tomtes, trolls. Avec quelle joie non dissimulée je vous retrouve à chaque nouvelle (et trop courte) rencontre !
     
    Toujours est-il que lorsque j'ouvrais ce livre ce midi, j'étais à dix lieues de me douter que je serais à ce point vampirisée par l'ouvrage. Ce n'était arrivé qu'à de rares occasions. Une histoire de disponibilités (d'emploi du temps et d'esprit), sûrement quelque part. La dernière vraie occurence en date d'un tel événement dans ma vie ne s'étant produite qu'à deux reprises, la dernière en date il y a maintenant plus de trois ans, pour l'ouvrage Le Buveur de Lune (de l'écrivain probablement au top de mes charts personnels Göran Tunström). Bref, passons.
     
    A cet instant précis je suis encore haletante, presque fiévreuse, avec cette sensation rassurante d'achèvement mêlée à de la déception, celle d'être si violemment arrachée à cet univers qui m'a tant fait vibrer.
    Le genre de lectures captivantes qui vous troublent à tel point que vous êtes comme absorbés, ailleurs, sans que la réalité environnante n'ait de réelle incidence sur le cours de votre existence à ce moment précis.
    Puis, comme éveillés d'une lourde léthargie, vous surprennant dans vos lectures teintées d'érotisme ou d'actions singulières, vous sentez votre respiration devenir plus forte, votre souffle s'apesantir, et en levant les yeux sur le monde environnant, vous ressentez cette gêne excitante... celle d'avoir vécu un moment unique, dans un décalage total avec vos voisins du jour, et de vous demander s'ils ont pu (res)sentir cette alchimie. Jusqu'à ce que ces impressions s'évanouissent et que vous retourniez à votre lecture. (Phénomène quasi "d'identification" qui peut survenir lors d'un visionnage de film, bien sûr, ou devant n'importe quelle oeuvre d'art, finalement... enfin, je ne sais plus, je suis troublée.)
     
    Je ne saurais décrire ce qui me plaît tant dans cette littérature du Grand Nord. Qu'elle soit contemporaine ou non, j'y retrouve toujours cette dose de folie douce-amère, cette ambiance propre à ces contrées baignées dans des conditions climatiques et météorologiques difficiles (plus ou moins présentes suivant les ouvrages mais toujours flottantes, telles des spectres indépendants frôlant le papier...), une vie ancrée dans le vif du sujet, réaliste... bref, un je ne sais quoi de naturaliste qui me plaisait déjà dans la littérature slave, auquel vient s'ajouter ces contes et légendes particuliers, propres aux cultures nordiques.
     
    Je m'emballe toujours un peu sur le sujet.
    Je m'ouvre à vous à peine encore remise de la lecture de cet opus cinglant, baigné dans une tension bestialement érotique, dans une histoire tellement sympathique et fraîche, voire même émouvante... un doux mélange de froide réalité et de contes populaires, ancrés dans un présent (années 2000) tellement physique que c'en devient troublant.
    L'écriture est fluide. Le ton très vif et rebondi.
    J'imagine que ces mots ne font que vous perdre un peu plus puisque je n'aime pas, comme vous le savez, entrer dans le vif du Sujet (les résumés sont si impersonnels).
    J'aime évoquer mon ressenti. Mes impressions.
    Mais comme j'ai vraiment aimé ce livre, je vous propose pour vous mettre en bouche d'en exposer le résumé du quatrième de couverture (que je pique volontiers sur Amazon, par pure flemme de recopier bêtement) :
    Dynamique photographe de pub, Ange vit en solitaire stressé. Un soir, rentrant chez lui, il sauve des bottes d'une bande de jeunes quelque chose qui ressemble fort à un animal blessé. Mais ce qu'il recueillie dans son appartement est un enfant troll, perdu certes mais sauvage et d'une violence inquiétante.
    Commencent alors d'une part une enquête qui se doit d'être la plus discrète possible sur ce que sont ces êtres que nombre de documents ne disent pas imaginaires mais bien réels et, d'autre part, une partie de cache-cache avec les amis, les collègues de travail et les voisins d'immeuble.
    Au quotidien du photographe, qui tient peut-être l'occasion de réaliser les photos de sa vie mais doit dissimuler l'existence de son troll, se mêlent ainsi des données qui, progressivement, lui disent que ce qu'il vit n'est pas un rêve mais une réalité dangereuse à laquelle il va bien falloir trouver une solution... forcément radicale.
    L'apaisement revient, progressivement. Je sors de ma léthargie. Mon souffle se régule. La vie reprend son court normal et je n'échapperai sûrement pas au rituel du soir : ouvrir, dans n'importe quelles conditions, à n'importe quelle heure, un nouveau (ou pas) livre et en dévorer quelques pages afin de trouver le sommeil.
     
    Bonne nuit, les petits.
     
     

    Comments (2)

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    Alicewrote:
    Tu vas me faire rougir Claudia !
    Tes commentaires me font vraiment très plaisir !
    N'hésite pas ! (tu es la seule à commenter, comme tu le vois !)
    Merci !

    Mais qui es-tu Claudia ? Un grand mystère !
    Ciao, bonne semaine à toi ! Bises.
    Nov. 27
    Claudiawrote:
    Et puis je dois dire que j'aime beaucoup ta façon entière et franche d'aimer les choses (tant de choses :) et de les raconter à la fois généreusement et égoïstement, curieux mélange si joliment humain.
    Nov. 27

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